Partager l'article ! Le développement humain : analyse multidimensionnelle: Mots clés Développement humain, capabilités, potentialités, bien êtr ...
Mots clés
Développement humain, capabilités, potentialités, bien être, besoins, pauvreté, IDH, degree of awareness, liberté politique, indépendance judiciaire
INTRODUCTION
Le programme des nations unies pour le développement (PNUD) définit le développement humain comme « le processus d’élargissement des choix des individus ». Cet organisme des Nations Unies publie chaque année un rapport mondial sur le développement humain. Il s’agit de souligner par la publication de ces rapports, les lacunes ou les progrès réalisés dans le domaine humain dans les différents pays du monde. « Les personnes sont la véritable richesse des nations. L’objectif de base du développement est de créer un environnement qui permette aux gens de mener une vie longue, en bonne santé et créative. Cela peut apparaître comme une vérité sommaire. Mais elle est souvent oubliée au profit d’une préoccupation pour l’accumulation des biens et la richesse monétaire » (PNUD, 1990, p. 9). Le concept de développement humain renoue avec Aristote : « la richesse n’est évidemment pas le bien que nous cherchons : c’est seulement une chose utile, un moyen en vue d’une autre chose » (Aristote, Éthique à Nicomaque).
Le développement humain cherche à rendre compte du bien-être humain. Il prend en considération différents facteurs (institutionnels, personnels, sociaux et environnementaux). Pour traiter ce sujet nous parlerons dans un premier temps des différentes approches du développement humain, ensuite nous aborderons les différentes dimensions du développement humain et enfin on parlera de la mesure du développement humain (IDH).
Première partie : Les différentes approches du développement humain
A- Approche des capabilités de SEN
Définition (Sen): « la capabilité ce sont les diverses combinaisons de fonctionnements (états et actions) que la personne peut accomplir, elle est par conséquent un ensemble de vecteur de fonctionnements qui indiquent qu'un individu est libre de mener tel ou tel type de vie ». Nous ne transformons pas tous de la même maniere les différents produits en Bien-être. Les facteurs institutionnels, les aspects personnels, sociaux et environnementaux, combinés ensemble forment le Profil Individuel de Conversion. La conception de capabilité implique la différence entre avoir les moyens de réaliser une action et le fait de la réaliser. Autrement dit, la différence entre la capacité et la potentialité. Selon cette approche la pauvreté correspond à une insuffisance des capacités et des potentialités.
B- Approche des besoins humains
La théorie des besoins humains tente de répondre à la question suivante : quels sont les moyens pour satisfaire les besoins ? Mais la notion de besoin pose problème : dans la pratique comment faire la séparation entre les différents types de besoins ? Gasper propose trois modes de séparation : descriptives et explicatives (les besoins sont des entités effectives, liées aux désirs), instrumental (les besoins sont requis pour satisfaire une condition), normatif (les besoins sont indispensables pour satisfaire d’autres besoins prioritaires).
Maslow, quant à lui, fait une hiérarchie du besoin, il existerait un processus dynamique : dès qu’un besoin est satisfait, on cherche à en satisfaire un autre. Il y a cinq niveau : physique (nourriture), la sécurité, l’affection, l’estime et l’auto développement.
Il n’y a donc pas de définition précise de la notion de besoin. On va se contenter de dire qu’un « besoin est quelque chose qui a un droit à la satisfaction ». On peut dire que le besoin, c’est l’expression de la liberté de l’homme.
La théorie des besoins de base est une approche pour le développement, elle se contente de souligner quels sont les objectifs du développement, mais elle ne précise pas par quels moyens on peut atteindre ces objectifs.
C- La finalité du développement (SEN et PERROUX)
Ils mettent l’accent sur la dimension humaine du développement. Sen insiste sur la liberté que pourrait générer le développement aux individus. Alors que Perroux fait une analyse en termes de coûts pour l’homme.
Sen définit le développement : « processus d’expansion des libertés réelles dont jouissent les individus ». C’est à la fois la fin et le moyen du développement. Les personnes sont considérées comme objectif principal du développement.
Perroux définit le développement comme « une combinaison des changements mentaux et sociaux d’une population qui la rendent apte à faire croître, cumulativement et durablement son produit réel global ». Selon lui l’économie doit chercher à satisfaire les besoins fondamentaux des hommes, autrement dits, couvrir les coûts de l’homme. Il distingue trois types de coût : pour la vie, pour une vie mentale souhaitable et pour une vie intellectuellement riche. Les deux économistes font la distinction entre l’accroissement du revenu ou du produit national et le développement. Leurs préoccupations principales : la baisse de la pauvreté et l’accroissement des libertés.
Deuxième partie : les différentes dimensions du développement humain
Les facteurs social, personnel, institutionnel et environnemental jouent un rôle important dans la conversion des revenus et ressources en qualité de vie.
A- Dimension sociale
1-La santé
Dans plusieurs pays en développement les principaux problèmes qui subsistent sont : la malnutrition, l’accès à l’eau potable, aux soins, l’hygiène de l’habitat, le problème des sans-abri, certaines maladies endémiques. Les gouvernements doivent consacrer une part plus importante du PIB dans le système de santé, pour garantir aux populations au moins les soins élémentaires.
Des fois, il peut y avoir des interférences entre les différents facteurs : exemple 1 l’environnement et le bien être, exemple 2 le facteur religion ou social peuvent s’opposer au développement humain (santé). D’où la nécessaire intervention de l’Etat pour limiter les effets négatifs de certains facteurs : interdiction de certaines pratiques sociales (ex. les mutilations génitales), obligation de scolariser les enfants etc.
2-L’éducation
L’approche du développement humain fait de l’éducation pour tous une priorité. L’éducation est à la fois moyen et fin du développement humain. En effet, elle aura un impact sur les autres fonctionnements : lire, écrire, compter, communiquer, participer politiquement. Une bonne éducation est susceptible d’accroître considérablement la productivité des capacités humaines. Cela engendrera une meilleure production des biens et services et donc au final cela va améliorer le bien être des populations. C’est pour cette raison qu’il faut augmenter les dépenses d’éducation.
3-La lutte contre la pauvreté
La pauvreté peut être définit comme une insuffisance de capacités et de potentialités à mettre en oeuvre les fonctions essentielles de la vie humaine.
Sen se prononce pour la réduction des inégalités interindividuelles. Les pouvoirs publics doivent raisonner en terme de capabilités et garantir les capabilités élémentaires à tous les individus. Perroux préconise l’aide internationale (économie du don) en provenance des pays riches vers les pays pauvres sans contrepartie pour réduire la pauvreté dans ces pays.
Dans chaque pays, les gouvernements doivent chercher à réduire les inégalités entre les différentes catégories de la population en leur donnant les moyens de prendre leur destin en main et d’acquérir des forces et des ressources.
B- La dimension psychologique et environnementale
1- Psychologie ou liberté individuelle
Selon Doyal, il y a trois variables qui affectent le niveau d’autonomie individuelle : a- la vision qu’une personne a d’elle-même, sa culture, ce qu’on attend d’elle ; b- sa capacité psychologique, pour formuler soi même des options ; c- des occasions afin d’agir en conséquence.
Pour Sen, la liberté doit être le but ultime du développement. Les politiques économiques doivent être élaborées dans le strict respect de toutes les libertés. Il considère aussi que la liberté est moyen du développement. Dans ce cas de figure, les individus sont libres de choisir ou d’entreprendre. Cela pourrait engendrer la croissance nécessaire au développement du pays.
Sen distingue cinq types de liberté :
- les libertés politiques ;
- les facilités économiques ;
- les opportunités sociales ;
- les garanties de transparence ;
- la sécurité protectrice.
Ces libertés sont interconnectées, elles se renforcent mutuellement.
2- Développement durable
Le développement durable se définit comme l’élaboration des stratégies de développement afin de favoriser le bien être de la population dans un cadre environnemental satisfaisant tant pour les générations présentes que les générations futures.
La notion de développement durable intègre donc la qualité de vie, l’équité intergénérationnelle, les dimensions sociales et éthiques. La théorie utilitariste selon laquelle toute augmentation du revenu entraînerait une augmentation du bien-être atteint ses limites (références à des biens et services consommables).
On a observé une relation entre le développement local durable et le bien-être. En effet, le développement durable peut avoir une dimension locale, car les besoins des populations et la capacité à les satisfaire se forment au niveau local. On peut donc dire que le développement local constitue la base du développement durable. Les gouvernements locaux doivent élaborer des politiques plus durables.
Des études faites sur plusieurs régions ont montré que celles qui ont le PIB le plus élevé n’étaient pas nécessairement celles qui ont un niveau de bien-être élevé ou niveau d’éducation ou espérance de vie élevé. Si on veut connaître le niveau de développement d’une région, il faut considérer l’IDH (conception multidimensionnelle).
Troisième partie : la mesure du développement humain, l’IDH
Le PNUD a mis en place l’IDH pour tenter de mesurer le développement humain. Nous verrons les intérêts et les limites de cet indicateur.
A- Intérêts et objectifs
Les indicateurs traditionnels du développement tels que le PIB, le PNB ou le revenu national moyen ne tiennent pas compte du développement humain. Ils ne prennent pas en compte l’amélioration de la nutrition, du système de santé, du système éducatif, des moyens d’existence, des conditions de travail, de la sécurité, etc… Ils ignorent aussi les effets sur l’environnement de la croissance économique.
Pour prendre en compte tous les aspects du développement humain, le PNUD a mis en place, en s’inspirant des travaux de Sen, un indicateur dénommé Indicateur de Développement Humain (IDH). Ce dernier va permettre une analyse multidimensionnelle, différents critères seront pris en compte.
Le PNUD a considéré que les critères les plus importants à la vie humaine sont : la santé et la longévité (espérance de vie à la naissance) ; l’éducation (le taux d’alphabétisation des différentes catégories de la population) et le niveau de vie (PIB par habitant ajusté à la parité des pouvoirs d’achat).
Concernant la santé, on considère la bonne alimentation, les conditions de vie, la qualité de l’eau, l’accès au soin, l’assainissement etc. Un niveau de santé satisfaisant permet d’accroître l’espérance de vie.
Dans le domaine de l’éducation, on souligne la nécessité d’accroître les chances de tout individu de participer à la vie productive. L’éducation est importante pour les raisons suivantes :
- meilleure productivité des travailleurs ;
- une bonne éducation peut permettre à l’individu d’utiliser son revenu pour augmenter ces aptitudes ou changer de modes de vie ;
- elle permet d’augmenter le « degree of awareness » de chaque individu, en fonction des différentes possibilités qui lui sont offertes, il choisira la meilleure.
On considère que l’alphabétisation est la première étape d’une personne vers l’acquisition des connaissances, c’est pour cette raison que c’est un indicateur du développement humain.
En ce qui concerne le revenu, on note que le fait de disposer de ressources suffisantes, permet de mener une vie convenable. L’augmentation du revenu peut avoir un impact positif direct sur le développement humain et indirect en permettant à l’Etat d’augmenter ses ressources.
B- Limites et élargissement de l’IDH
L’IDH est une mesure incomplète du développement humain. Les besoins ne sont pas précisément identifiés pour chaque pays, l’IDH ne prend pas en compte leurs diversités et leurs spécificités. Par ailleurs il peut y avoir redondance des variables dans l’IDH (exemple santé et éducation).
On peut prendre d’autres indicateurs pour mesurer le développement humain tels que :
- le bien-être mental : life satisfaction, population carcérale ;
- les libertés politiques et civiles, indépendance judiciaire ;
- relation sociale : valeur accordée à la famille, aux amis ;
- le bien-être de la communauté : AIDS death, l’Etat de droit ;
- les inégalités : indice de Gini (revenu), inégalités de santé ;
- les conditions de travail : taux de chômage, conditions de recrutement ;
- loisirs : nombre de lignes téléphonique, nombre de salles de cinéma ;
-stabilité politique : violence politique, nombre de réfugiés ;
- environnement : indice environnemental.
Ainsi, nous avons vu que l’IDH permet de mesurer le développement humain. Il s’est avéré que cet indicateur a toujours des limites. D’autres critères peuvent être étudiés pour mieux mesurer le développement humain : bien être mental, liberté politique, stabilité politique etc.…
CONCLUSION
L’approche des capabilités développé par Sen a beaucoup inspiré les économistes du développement humain. Le PNUD s’est basé sur ses travaux sur les capabilités et les fonctionnements. Le développement d’un pays ne se limite pas à l’accroissement du PIB ou du revenu national. Les autorités gouvernementales doivent chercher à satisfaire les besoins fondamentaux des populations (approche des besoins humains).
Les facteurs social, personnel, institutionnel et environnemental jouent un rôle important dans la conversion des revenus et ressources en qualité de vie. C’est pour cette raison que le développement humain doit être appréhender sous différentes dimensions : sociale (santé, éducation et réduction des inégalités) ; psychologique (libertés individuelles) et environnementale (développement durable). L’un des éléments le plus important, c’est la liberté : dans les pays démocratiques, on a laissé l’opportunité à chaque citoyen de choisir librement, ainsi il est acteur de son propre développement.
Pour mesurer le niveau de développement humain d’un pays le PNUD a proposé un indicateur multidimensionnel, l’IDH avec son intérêt et ses limites.
Bibliographie
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